Comment je fabrique mes maquettes « Made in Breizh »

L’envie d’une maquette naît souvent d’un coup de cœur pour un bateau ou de l’admiration pour un marin d’exception.
Une fois la décision prise, il faut choisir :
– le type de maquette, statique ou navigante ? La plupart de mes maquettes sont statiques, car cela me permet de reproduire tous les détails avec précision. Je n’ai fait que quelques maquettes navigantes, dont une, le NY40, qui est mon jouet, mais j’ai du faire beaucoup de concessions à l’aspect maquette.
– l’échelle : mes maquettes mesurent entre 65 cm (Corsaire au 1/10) et 130 cm (Endeavour au 1/30), de façon à trouver leur place dans un bureau ou un salon. En dessous, les détails ne sont pas bien restitués, au dessus, c’est trop grand.

Les plans

Se procurer les plans est le premier travail du maquettiste et c’est souvent le parcours du combattant !
Dans certains cas les plans n’existent pas ou n’existent plus, par exemple pour des bateaux de pêche anciens, et ceux proposés par les revues sont souvent incomplets.
Il faut alors prendre un maximum de photos et faire un relevé des cotes (Le langoustier En Père peinard).
Dans d’autres cas, les ayants droit ne veulent pas vendre les plans (Gipsy Moth IV, Melges 24). Je dois alors me débrouiller, faire intervenir les copains, utiliser parfois des moyens « border line »…
Quelques fois aussi de belles rencontres, comme Gérard d’Aboville croisé à la voilerie Tonnerre et qui me prête les plans de Lady Maud, ou des associations de passionnés par la sauvegarde du patrimoine maritime (les Bisquines, le Renard…).
Pour certains yachts classiques, je me suis servi des remarquables livres de François Chevalier et Jacques Taglang.
Après, il y encore la mise à l’échelle, la reprographie, etc.
Bref, c’est un gros travail, du temps, de nombreux déplacements, des dépenses.

Les délais

Faire une maquette me prend en général de quelques semaines à plusieurs mois, selon la taille et la complexité. J’aime bien ne pas être pressé par le temps, pouvoir profiter de la maquette, la caresser… et de surcroît disposer des plans et de beaucoup de photos.

Mes outils

Pour faire un ridoir à la bonne échelle, j’ai d’abord besoin de faire le corps du ridoir au bon diamètre extérieur, c’est une opération de tournage. Ensuite, ce corps de ridoir, je dois l’aléser pour qu’il soit au bon diamètre intérieur, puis réaliser le filetage, pas à droite et pas à gauche, c’est l’opération de taraudage. Puis, sur les parties mâles du ridoir, je dois réaliser un filetage, là encore pas à droite et pas à gauche.
Certaines pièces doivent ensuite être assemblées, par collage, brasage ou sertissage.
Voilà quelques-unes des opérations d’usinage que je réalise pour une maquette « Made in Breizh ».

Machines-outils que j’utilise, certaines pouvant travailler autant le bois que le métal

La coque

Pour les coques en bois, je commence par la charpente, soit d’une seule pièce découpée dans du contreplaqué, soit en assemblant la quille, l’étrave et l’étambot construits séparément. Vient ensuite le découpage et le montage des couples ou membrures, les aménagements intérieurs. Et enfin le bordage, soit classique en lattes jointives collées sur le champ des couples, et entre elles sur leur champ, soit en bois moulé (NY 40), plis de balsa de 1 mm croisés et collés.
Pour les coques en plastique, je fais d’abord un master qui sert à faire un moule, voire 2 demis moules si la coque est frégatée (Pen Duick VI). Les moules peuvent être ensuite réutilisés.
Et pour terminer, la peinture…

Coque d’un corsaire dériveur

Coque de la vedette d’officier

Le pont

Un pont et ses cabines en bois est tellement différent d’un pont en plastique que j’ai fait 2 galeries de photos, une pour les ponts en bois, une autre pour les ponts en plastique.

Ponts en plastique avec antidérapant « tête de diamant »

Les espars

Les espars sont des éléments de gréement longs et rigides. Entrent dans la catégorie des espars les mâts, bômes, tangons, vergues, bouts-dehors, queues de malet, livardes, wishbones…
Les espars de mes maquettes sont soit en bois soit en aluminium.
Certains sont creux pour les drisses intérieures, les voiles y sont enverguées conformément à l’original.

Espars de voiliers classiques

Espars de voiliers de plaisance moderne

L’accastillage

C’est ce qui fait toute la différence des maquettes « Made in Breizh » ! Je fabrique moi-même l’accastillage de mes maquettes.
Quand je parle d’accastillage, j’étends cela à tout ce qui est métallique sur une maquette.
Au départ on ne sait rien, le plaisir du modéliste c’est d’apprendre des autres, et tout ce que je suis capable de réaliser je l’ai appris des autres.
Une fois, il y a déjà bien longtemps, j’avais exposé 4 ou 5 maquettes. Fier de moi, je me délectais des commentaires polis, jusqu’au passage d’un type que je connaissais, sans plus, il me dit : « tes maquettes sont belles et c’est dommage, mais tes pièces métalliques et tes soudures c’est du pâté, de la m… »
Simon était joaillier, et il a eu la gentillesse de m’apprendre les bases de la brasure à l’argent, et de me guider sur le matériel à acheter.
Et puis j’ai appris la peinture, la menuiserie, le tournage, le fraisage, toutes ces choses que j’aurais du apprendre tout jeune au lieu de perdre mon temps sur les bancs de l’école !

Accastillage de pont, balcons, filières, taquets, chaumards, ancres, mains courantes…

Panneaux, hublots, aérateurs, manches à air…

Barres d’écoute, rails, winch, taquets coinceurs, enrouleur de foc

Gréement, ferrures de mât, ridoirs, vits de mulet…

Poulies…

Le gréement dormant

Le gréement dormant est constitué de tous les câbles et les cordages qui tiennent le mât : haubans, étai, faux-étai ou bas-étai, pataras, bastaques, bas-haubans, galhaubans…
J’apporte un soin tout particulier à la qualité du sertissage. En effet, une boucle dans le câble, avec manchon disproportionné, c’est comme une verrue au milieu du nez. 

Sertissage de câbles

Le gréement courant

Le gréement courant est constitué de tous les cordages mobiles qui servent à régler les voiles : écoutes, drisses, bras, amures, balancines, hale-bas…
Les cordages du commerce sont des cordages passe-partout, faits aussi bien pour une écoute, un bras de spi, une drisse, une garcette de ris voire un orin ou une aussière ! Quant à l’échelle, elle doit être respectée autant pour les cordages que pour tous les autres composants.
À l’occasion d’une visite au musée de Mystic Seaport à Newport, j’ai pris un maximum de photos d’une toronneuse, et je l’ai reproduite dans mon atelier.
J’achète des bobines de fil, de différents diamètres et différentes couleurs, et en fonction de l’échelle et du type de cordage, je choisis le nombre de brins et les couleurs, et je les torsionne avec ma toronneuse maison.
Je fais tous les cordages de mes maquettes « Made in Breizh » , et un copain m’a dit, à propos de mon addiction à la précision dans les détails : « La prochaine étape, tu construis un métier à tisser ! »

Écoutes de grand-voile ou de génois…

Les voiles

Les voiles, c’est ce que l’on voit en premier sur une maquette de voilier. Elles doivent donc être parfaites.
C’est le domaine réservé de Chantal, mon épouse, et ses voiles sont dignes d’un maître voilier.
Les coutures permettent d’obtenir une voile à surface courbe, un génois tri-radial, les goussets de lattes, les points d’amure, de drisse et d’écoute.
J’ai fait 2 galeries pour les voiles : une pour les bateaux de régate ou de course, une pour les bateaux de pêche.

Voiles de Dragon, de Requin et de Pen Duick

Voiles de bateaux de pêche, et quel bonheur de réussir le rouge brique des voiles tannées d’un Sinago !